La Chaise-Dieu - Architecture - Les cadrans solaires
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Un travail très intéressant est fait par l'un des abonnés à notre liste de discussion sur la Chaise-Dieu, voici un résumé de son message qu'il m'a semblé utile de mettre en ligne. Il m'a semblé qu'il fallait vraiment partager ses connaissances avec nous tous amoureux de la Chaise-Dieu.
Didier est membre de la Société Astronomique de France et travaille en ce moment à la reconstitution de l'histoire du cadran solaire de la Chaise Dieu, place Lafayette (ou place de l'écho). Ce résumé a été fait avec la participation de Denis Schneider.
Cadran canonial de l'Abbaye
Situé sur un contrefort de la galerie nord du cloître, ce cadran fait face à quelques degrés près au sud. Il date du début de la construction de ce cloître qui commença à la fin du XIVè et s’acheva au début du XVIè siècle (les dates du XIVè et XVè sont donc à retenir, le XVIè étant une époque trop tardive pour la réalisation d’un cadran dit de prières).
La forme non conventionnelle de ce cadran canonial est sujette à plusieurs interprétations. L’anglais Mike Cowham de Cambridge, pense que les rares cadrans français qui ont cette forme en coquille sont proches des chemins de Saint Jacques de Compostelle. Il les range dans la famille : « des canoniaux en forme de coquille ». Denis Schneider, spécialiste des cadrans canoniaux à la Société Astronomique de France voit dans ce type de réalisation un rapprochement à faire avec les cadrans canoniaux Arméniens en forme de demi fleur. Il est vrai qu’à quelques kilomètres de la Chaise Dieu sur le transept sud de la collégiale de Saint Geniés de Thiers dont l’influence orientale est attestée, se trouve un remarquable cadran à pétales à 11 secteurs égaux qui se déploient sur plus de 180°, comme sur le canonial Arménien de Swarnotz.
Toutefois comme il le reprend dans un dernier article, la notion de demi fleur demeure incertaine aux vues des bouts de lignes qui ne sont pas reliées par des courbes faites pour cloisonner les secteurs en pétales. Le tracé présente plutôt des ondulations dont les crêtes sont les lignes horaires. Alors fleur où coquille ? Les deux influences ne sont pas à écarter.
Le Cadran canonial
A la touchante simplicité du cadran canonial répond la grandeur de sa fonction : le « Sacrifice de Louange », l’office divin, la liturgie des heures afin de christianiser le temps, non celui de l’histoire mais celui du salut.
On attribue trop souvent à Saint Benoit de Nurcie (VIè siècle) la célébration de l’office divin. Il existait à Rome avant lui et avait été importé d’Orient. Saint Benoit n’a donc pas inventé un nouvel horaire des prières mais l’a « canonisé » par son expérience.
Pour Saint Benoit, la parole du prophète David : « 7 fois par jour, tu loueras le nom du Seigneur » servira à tempérer le « priez sans cesse » de Saint Paul. Sa division véritablement diurne comprendra 5 louanges alors que la tradition en donne 7, laissant les autres aux heures de nuits. Ces moments d’oraison diurne portent les noms de :
- Prime : première heure du jour (sur la ligne d’horizon du cadran))
- Tierce : troisième heure du jour
- Sexte : sixième heure du jour
- None : neuvième heure du jour
- Vêpres : le soir (sur la ligne d’horizon du cadran)
A partir de là le cadran canonial aurait pu se satisfaire de 4 secteurs seulement (fig3)
Fig 3 : cadran canonial à 4 secteurs. En archéologie on parle « d’empreinte lapidaire cerclée et rayonnante à cinq segments ». Le même type de cadran existe sans le dessin du cercle et souvent sans le tracé de la ligne d’horizon qui est dans ce cas remplacée par le joint de pierre. C’est de loin le cas le plus fréquent. On parlera alors « d’empreinte lapidaire rayonnante à 3 segments ».
Mais nombre de ces cadrans canoniaux ont 6 – 8 – 9 – 10 – 11 ou 12 secteurs compris dans un demi cercle. Celui de la Chaise Dieu en possède douze (fig 4).
Fig 4 : cadran canonial de la Chaise Dieu à douze secteurs avec position des heures canoniales
Les heures dites de nuit sont :
- Matines ou Vigiles dans la nuit,
- Laude à l’aurore
- Complie avant le coucher.
Ces trois dernières heures ne sauraient en aucun cas être marqué par la projection de l’ombre du style droit du cadran canonial. Cependant, certains cadrans canoniaux porteront ces heures situées au dessus de la ligne d’horizon limitée par Prime et Vêpres avec parfois des heures temporelles intermédiaires. On obtiendra ainsi des cadrans allant jusqu’à 24 secteurs qui ne seront pas sans rappeler pour ceux d’entre eux qui seront cerclés ou seulement rayonnant l’image d’un ostensoir. De même de nombreux cadrans canoniaux porteront les heures liturgiques diurnes comprises dans un cercle, symbole du monde chrétien est image Chrismatique par excellence. La recherche de la symbolique et de l’esthétique de l’œuvre sera dans ce cas l’unique raison.
Avec un nombre si important de secteurs, le terme de « canonial », c'est-à-dire relatif à un « canon » de l’Eglise, qui assignait tel psaumes à telles heure canoniale, ne parait plus convenir pour beaucoup de ces cadrans solaires. Il est vrai que nombre d’entre eux possèdent des traits ou des points qui barrent les véritables heures canoniales afin de bien les distinguer des autres (fig 5). Mais cela n’est pas le cas du cadran de la Chaise Dieu. Un cadran dit «canonial » peut donc comporter des lignes horaires autres que canoniales pouvant rythmer la vie religieuse ou civile.
Fig 5 : cadran canonial à 11 secteur de la cathédrale de Saint Pons de Thomières Hérault. Les lignes horaires canoniales sont marquées par un point en creux.
Le terme « cadrans canoniaux » remplace aujourd’hui celui de « cadrans solaires médiévaux » longtemps cité par nos prédécesseurs. Jean René Rhor dans son ouvrage « les cadrans solaires » parle d’horloge médiévale lorsqu’il cite le cadran de l’abbaye de la Chaise Dieu. De même Bigourdan, relatant les travaux de Rey-Peilhade, ne parle que « d’horloges solaires médiévales ».
Encore de nos jours les Espagnols les définissent par « Primitivos relojes de sol », les Italiens « d’Orologio solare medievali », les Allemands de « Mittelalterliche sonnenruhren » et les Anglais de « Scratch dial ».
Mais on est obliger de reconnaître que seuls les bâtiments religieux en sont pourvus. Nous ne connaissons pas d’édifices profanes qui en possèdent. Est-ce dû à l’emprise du clergé sur l’esprit du temps ? Il est vrai qu’alors l’église est un lieu de réunion publique ; que l’évêque, sur le parvis de la cathédrale y rend la justice. Mais cela fait il pour autant du cadran canonial un instruments du temps exclusivement réservé au culte chrétien ? Le poète français du XIIè siècle Philippe de Thaon parle des douze heures du jour dont deux sont crépusculaires (le point du jour ou à l’aube crevant et complies). Les dix autres sont : heure du soleil levant, de prime, de haute prime, de Tierce, de haute tierce, de haute none ou none, de basse none, de remontière, de vespre, de bas vespre ou vespre passé. Il ne cite pas sexte. Nous sommes là en présence d’un temps adapté, civil, et qui n’est pas sans intérêts. Mais cela peut il concerner le cadran de la Chaise Dieu, prisonnier d’un cloître non ouvert à la foule ?
Dès l’établissement des heures canoniales, l’horaire très simple, articulé sur les heures immobiles de Tierce, Sexte et None devient une savante marqueterie où chaque office est susceptible d’être avancé, reculé ou même tout simplement omis, selon la commodités du travail : Tierce est célébrée à la deuxième heure en hiver, et probablement à la quatrième en été ; Sexte est tantôt dite à une heure indéterminée, tantôt passée sous silence ; None est avancée au milieu de la huitième heure et probablement retardée jusqu’à la dixième, sinon complètement omise, durant le carême. Au chapitre 48 de la règle monastique de Saint Benoit, les heures concernent seulement le travail monastique, les temps de prières n’y sont pas consignés. Il est même étrange que les offices semblent se faufiler dans la planche horaire au lieu d’en déterminer la structure et le sens. Faut il en déduire que c’est la fin d’un travail qui marque le début de chaque office ?
Gaspard de Soif, moine de Vaucelles au XVè siècle dans un de ses écrits (Du Cange à la rubrique « horologium ») nous dit : « Il y avait au centre du cloître un cadran solaire sur un disque en bois dont la partie inférieure était marquée des 12 heures du jour. Non seulement les heures étaient montrées avec soin sur ce disque, mais aussi les points, avant et après, comme on les lit dans la règle de Saint Benoit, c'est-à-dire : presque quatrième heure, presque sixième heure, troisième heure exacte, dixième exacte et celle que l’on appelle moitié de la huitième heure ». Sur le tracé de la Chaise Dieu rien de cela ne parait. Les heures de prières se plient « sagement », sans les malmener, au réseau des heures temporelles régulièrement espacées de 15°. Aucun repère pour situer un office religieux.
Il devient alors très difficile de trouver une explication logique de la présentation de l’éventail horaire de ce cadran pour le seul usage de l’office divin.
Toutefois il reste une piste à investir, celle des points de polychromies qui recouvrent certaine partie du cadran et qui sont les vestiges d’un revêtement décoratif et peut être explicatif sur le fonctionnement de ce canonial. A condition bien sûr que ces vestiges de peintures ne soit pas de factures récentes. Une inspection sur site devrait nous éclairer sur ce sujet.
Mais quoi qu’il en soit, des heures canoniales et des heures temporelles unies sur le même cadran, cela n’a rien d’étonnant. La devise de Saint Benoit n’est elle pas : « ORARE et LABORARE ». Prier et travailler, c’est bien là le temps que marque notre cadran.
Fig 6 : Cadran d’heures antiques, romaine ou biblique pour la Chaise Dieu. Le tracé est différend de celui du canonial à douze secteurs du cloître de l’abbatiale.
Fig 7 : cadran solaire méridional à style polaire pour la Chaise Dieu. Le tracé est différend de celui du canonial à douze secteurs du cloître de l’abbatiale.
- Ecrits réalisés en partie grâce aux nombreux articles de Denis Schneider parus dans la revue « Cadran Info » de la Société Astronomique de France.
Carmaux le 25 janvier 2009
BENOIT Didier, membre de la Société Astronomique de France
Cadran Solaire Place Lafayette
Voici une vignette d'un dessin qu'il a réalisé dernièrement. Ce cadran, créé avant la révolution française (très certainement vers la fin du XVIIè siècle), est un chef d'œuvre de la gnomonique Française. Avec les "Amis de l'Abbatiale" et notamment Monsieur Bellut, nous voulons essayer de le restaurer. Le tracé du cadran, et sa facture nous sont connus. Seuls quelques détails nous échappent encore, mais un futur relevé "in situ" devrait nous informer d'avantage. La partie d'ombre qui demeure se trouve dans sa devise. Seul les mots "UMBRA SUMUS" reste aujourd'hui (confirmé par un écrit du Baron de Rivières en 1870. Archives SAF). Il manque donc le début et la fin. Pour le début, 8 lettres sont à découvrir avec très certainement pour la dernière la lettre "T" ( le "E" sur le dessin est très certainement faux). Nous connaissons l'origine biblique de cette devise, car nous en possédons des variantes sur d'autres cadrans solaires en France. On peut très bien imaginer pour le début: PULSIT ET UMBRA SUMUS (nous ne sommes qu' ombres et poussières). La fin, en partie basse sous le cadran est plus complexe a aborder. Des vieilles photos ou dessins pourraient nous apporter des solutions. Toutes informations que vous pourriez donner, sera utiles aux chercheurs. Postez vos renseignements dans la liste de discussion.
Dans le bas relief, se trouve une autre devise latine " CORONA DOMINI CONGREGAT & SERVAT ( la couronne du Seigneur rassemble et sauve)" ainsi que le millésime 1683.
Notes
